La préfecture va-t-elle cautionner le projet industriel de Tarn Enrobés dans une zone agricole protégée et inondable ?
Communiqué - 3 décembre 2025
La situation est inédite : l’entreprise Tarn Enrobés, consortium regroupant trois grands groupes internationaux (Eiffage, Eurovia, Spie Batignolles), veut obtenir de la préfecture du Tarn qu’elle valide un projet industriel dans une zone classée à la fois « zone agricole protégée » (selon le Plan local d’urbanisme intercommunal, 2020) et « zone inondable », avec un niveau « d’aléa fort » (selon le Plan de prévention des risques inondations du bassin du Dadou, 2024).
Ces deux classements interdisent normalement toute nouvelle construction sur la parcelle concernée. Mais Tarn Enrobés a trouvé un moyen de contourner cette interdiction et demande aujourd’hui à la préfecture de cautionner l’opération. Au lieu de construire une nouvelle centrale d’enrobés, l’industriel entend remplacer, élément par élément, les parties les plus importantes de son installation actuelle. Cela dispenserait d’avoir à requérir un permis de construire, impossible à obtenir.
Tarn Enrobés vient de déposer en ce sens un « porté à connaissance » auprès de la préfecture. Il s’agit d’une consultation obligatoire des services de l’État pour tout projet de modification d’une installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE) telle qu’une centrale d’enrobés bitumeux.
À l’appui de son projet, Tarn Enrobés argue d’une étude commandée à un cabinet privé qu’il a lui-même financée, et qui montrerait que le classement en zone inondable serait injustifié. L’industriel demande, sur la base de cette étude, le reclassement de la parcelle en zone ordinaire (non inondable). En agissant de la sorte, quel est le message envoyé ? Que l’État n’est pas légitime et compétent, et qu’il devrait abandonner la conduite d’un certain nombre de ses missions régaliennes à des bureaux d’étude privés, payés par des industriels ?
La validation, par la préfecture, de la demande de reclassement de la parcelle et plus largement du projet industriel de Tarn Enrobés signerait un recul de l’autorité étatique sur notre territoire, dont la gouvernance serait alors laissée en partie à la jouissance des industriels.
Il convient d’attendre que la préfecture se prononce. Mais Tarn Enrobés sait, quoi qu’il en soit, que les citoyens, eux, sont déterminés à faire prévaloir, par tous les moyens légaux à disposition, les valeurs et les principes républicains sur leur territoire.
Les membres du collectif Stop Enrobé 81
